En bref — Dépasser un seuil n’est pas une catastrophe, mais encore faut-il savoir duquel on parle. Deux seuils différents, à des montants différents, coexistent et ne doivent jamais être confondus : le plafond du régime micro (203 100 € en vente, 83 600 € en services et activités libérales) détermine si vous restez micro-entrepreneur ; le seuil de franchise en base de TVA (85 000 € / 37 500 €, avec seuils majorés) détermine si vous facturez la TVA. On ne sort du régime micro qu’après l’avoir dépassé deux années civiles consécutives : un dépassement isolé est toléré. Dépasser le seuil de TVA, en revanche, ne vous fait pas sortir du micro — vous facturez la TVA tout en restant micro-entrepreneur. Ce guide déroule chaque règle, avec ses sources officielles.
🗓️ Dernière mise à jour réglementaire : 26 juin 2026. Ce guide est révisé régulièrement et s’appuie sur les pages officielles en vigueur (liens en fin d’article).
Sommaire
- Dépasser un seuil, ce n’est pas sortir du jeu
- Le piège n° 1 : seuil de TVA et plafond micro, deux choses différentes
- Les plafonds du régime micro en 2026 et la règle des deux années
- Ce qui change concrètement si vous sortez du micro
- Le seuil de TVA : montants 2026 et l’abandon du seuil à 25 000 €
- Que faire ? La marche à suivre, sereinement
- FAQ — Vos questions sur le dépassement des seuils
- Sources officielles consultées
Dépasser un seuil, ce n’est pas sortir du jeu
Quand j’accompagnais des indépendants à l’URSSAF, le dépassement de seuil revenait régulièrement, et presque toujours teinté d’inquiétude. « J’ai dépassé, est-ce que je perds tout ? » Voici la première chose que je leur disais, et que je vous redis ici : dépasser un seuil n’est pas une faute, et ce n’est pas une catastrophe. C’est même, souvent, bon signe — votre activité grandit, votre chiffre d’affaires progresse, vous franchissez un palier que beaucoup d’entrepreneurs aimeraient atteindre.
Le seul vrai piège, c’est de ne pas savoir de quel seuil on parle. Car en micro-entreprise, il n’y en a pas un, mais (au moins) deux, à des montants très différents, qui obéissent à des règles distinctes et qui n’entraînent pas du tout les mêmes conséquences. Les confondre, c’est s’affoler à tort — ou, à l’inverse, manquer une obligation.
Ce guide remet de l’ordre. Nous distinguons d’abord les deux seuils, puis nous détaillons le plafond du régime micro et sa fameuse règle des « deux années consécutives », ce qui change si vous basculez au réel, le seuil de TVA et ses montants 2026, et enfin la marche à suivre — calmement, dans l’ordre.
Le piège n° 1 : seuil de TVA et plafond micro, deux choses différentes
C’est l’erreur la plus fréquente, et celle qui génère le plus d’angoisse inutile : croire qu’il n’existe qu’un seul seuil. En réalité, deux seuils encadrent votre micro-entreprise, indépendants l’un de l’autre.
- Le plafond du régime micro détermine si vous pouvez rester micro-entrepreneur. Tant que votre chiffre d’affaires reste en dessous (dans les conditions que nous verrons), vous conservez le régime simplifié : abattement forfaitaire, comptabilité allégée, cotisations calculées en pourcentage du chiffre d’affaires. Ce plafond est élevé.
- Le seuil de franchise en base de TVA détermine si vous devez facturer la TVA à vos clients. Tant que vous restez en dessous, vous facturez sans TVA. Ce seuil est beaucoup plus bas que le plafond micro.
La conséquence est essentielle : on peut dépasser le seuil de TVA tout en restant micro-entrepreneur. Un prestataire de services qui réalise 45 000 € de chiffre d’affaires dépasse le seuil de TVA (37 500 €) mais reste très loin du plafond micro (83 600 €). Il devra facturer la TVA, mais il reste auto-entrepreneur, avec son abattement et sa comptabilité simplifiée.
| Plafond du régime micro | Seuil de franchise en base de TVA | |
|---|---|---|
| Ce qu’il détermine | Rester ou non micro-entrepreneur | Facturer ou non la TVA |
| Vente de marchandises / hébergement | 203 100 € | 85 000 € (majoré 93 500 €) |
| Services et activités libérales | 83 600 € | 37 500 € (majoré 41 250 €) |
| Effet du dépassement | Sortie du micro après 2 années consécutives | Facturation de la TVA (immédiate ou l’année suivante) |
Retenez ce tableau : tout le reste de l’article en découle. Pour aller plus loin sur la mécanique de la TVA elle-même, notre guide des seuils de TVA de l’auto-entrepreneur en 2026 détaille chaque cas de figure.
Les plafonds du régime micro en 2026 et la règle des deux années
Les montants 2026
Les plafonds du régime micro font l’objet d’une révision triennale. Pour la période 2026-2028, ils ont été relevés. D’après la fiche officielle de service-public.fr, les plafonds de chiffre d’affaires hors taxes à ne pas dépasser sont les suivants :
- Vente de marchandises et fourniture d’hébergement (relevant des BIC) : 203 100 € (contre 188 700 € pour la période 2023-2025) ;
- Prestations de services et activités libérales (BIC ou BNC) : 83 600 € (contre 77 700 € précédemment) ;
- Location de meublés de tourisme non classés : 15 000 € (montant inchangé).
Bonne nouvelle, donc : non seulement vos plafonds sont stables sur la période, mais ils ont même augmenté. De nombreux entrepreneurs qui frôlaient l’ancien seuil disposent désormais d’une marge supplémentaire.
La règle des deux années consécutives
C’est le point que l’on oublie le plus souvent, et c’est précisément celui qui évite les sorties précipitées du régime. Un dépassement isolé ne vous fait pas sortir du micro.
La règle est la suivante : vous quittez le régime micro uniquement après avoir dépassé le plafond pendant deux années civiles consécutives — c’est-à-dire l’année N-1 et l’année N-2. Un dépassement la première année seule n’entraîne aucune sortie : c’est la tolérance. Vous restez micro-entrepreneur, et vous repartez l’année suivante avec votre plafond habituel.
Concrètement, la sortie ne prend effet qu’au 1ᵉʳ janvier de l’année qui suit la deuxième année consécutive de dépassement. L’exemple officiel de service-public.fr l’illustre clairement :
Si votre chiffre d’affaires dépasse 203 100 € en 2025 et en 2026, vous basculez au régime réel à compter du 1ᵉʳ janvier 2027.
Autrement dit, vous avez le temps. Un dépassement en 2026 n’a aucune conséquence immédiate sur votre régime micro si l’année 2025 était en dessous du plafond. Ce n’est que la répétition, deux ans de suite, qui déclenche la bascule. Inutile, donc, de paniquer dès le premier dépassement : la mécanique est conçue pour absorber un pic d’activité ponctuel.
Vers quoi bascule-t-on ?
En cas de sortie effective du micro, vous passez au régime réel d’imposition. La forme exacte dépend de la nature de votre activité :
- en BIC (vente, hébergement, prestations commerciales) : régime réel simplifié ou réel normal, selon le niveau de chiffre d’affaires ;
- en BNC (activités libérales) : régime de la déclaration contrôlée. Notez bien la terminologie : on ne parle pas de « réel BNC », mais de déclaration contrôlée. C’est le régime réel propre aux bénéfices non commerciaux.
Pour comprendre les implications de cette bascule sur le choix de votre structure, notre comparatif auto-entrepreneur ou micro-entrepreneur en 2026 éclaire utilement les options qui s’offrent à vous lorsque l’activité change d’échelle.
Ce qui change concrètement si vous sortez du micro
Si la bascule au réel se confirme, plusieurs choses évoluent. Rien d’insurmontable — beaucoup d’entrepreneurs prospères sont au réel — mais il faut le savoir et s’y préparer.
1. Vous perdez l’abattement forfaitaire. En micro, votre bénéfice imposable est calculé en appliquant un abattement forfaitaire à votre chiffre d’affaires : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les activités libérales BNC. Au réel, cet abattement disparaît : vous êtes imposé sur votre bénéfice réel, c’est-à-dire votre chiffre d’affaires diminué de vos charges réelles. C’est plus favorable si vous avez beaucoup de frais, moins si vos charges sont faibles — d’où l’intérêt d’anticiper le calcul.
2. Vos obligations comptables se renforcent. Le régime micro se contente d’un livre des recettes (et d’un registre des achats pour certaines activités). Au réel, vous entrez dans la comptabilité d’engagement : tenue d’un bilan, d’un compte de résultat, enregistrement des créances et des dettes au moment de leur naissance et non de leur encaissement. C’est un changement de nature, qui justifie souvent de s’équiper d’un outil ou de se faire accompagner. Notre guide des obligations comptables de l’entrepreneur en 2026 détaille ce que cela implique au quotidien.
3. Votre régime social évolue. Vous quittez le micro-social (cotisations forfaitaires en pourcentage du chiffre d’affaires) pour le régime social de droit commun de l’entrepreneur individuel : vos cotisations sont alors assises sur votre bénéfice réel, et non plus sur votre chiffre d’affaires. Le calcul, l’assiette et le calendrier des cotisations changent — un point à intégrer dans votre trésorerie.
En résumé, sortir du micro, ce n’est pas « être en faute » : c’est franchir une étape de croissance qui s’accompagne d’obligations plus complètes. La clé est de l’anticiper plutôt que de la subir.
Le seuil de TVA : montants 2026 et l’abandon du seuil à 25 000 €
Changeons de seuil. La franchise en base de TVA vous dispense de facturer la TVA tant que votre chiffre d’affaires reste sous certains montants — bien plus bas que le plafond micro. D’après la fiche « Franchise en base de TVA » de service-public.fr, les seuils 2026 sont :
- Vente de marchandises et hébergement : seuil de base 85 000 €, seuil majoré 93 500 € ;
- Prestations de services et activités libérales : seuil de base 37 500 €, seuil majoré 41 250 €.
Le mécanisme distingue deux situations selon le seuil franchi :
- Vous dépassez le seuil de base (mais pas le seuil majoré) : vous restez en franchise pour l’année en cours, et vous devenez redevable de la TVA au 1ᵉʳ janvier de l’année suivante.
- Vous dépassez le seuil majoré : la franchise prend fin dès le jour du dépassement. Vous devez facturer la TVA immédiatement, sur les opérations réalisées à compter de ce jour.
C’est ici qu’il faut être attentif : franchir le seuil majoré n’attend pas l’année suivante. La bascule est immédiate, ce qui suppose d’avoir anticipé ses factures et ses outils.
Et le fameux seuil unique à 25 000 € ?
Vous en avez peut-être entendu parler : un projet de réforme visait à instaurer un seuil unique de franchise de TVA à 25 000 € pour tout le monde. Mettons les choses au clair : cette réforme a été abandonnée. Les seuils différenciés présentés ci-dessus (85 000 € / 93 500 € et 37 500 € / 41 250 €) restent en vigueur en 2026. Vous pouvez donc raisonner sereinement sur ces montants, sans craindre un basculement généralisé à 25 000 €.
Que faire ? La marche à suivre, sereinement
Vous avez dépassé un seuil — ou vous sentez que vous approchez. Voici la conduite à tenir, dans l’ordre, sans précipitation.
1. Identifiez le seuil concerné. Première question, toujours : est-ce le seuil de TVA ou le plafond micro ? Reprenez le tableau du début. Un dépassement à 40 000 € pour un prestataire, c’est le seuil de TVA — vous restez micro, vous facturez la TVA. Un dépassement à 90 000 €, c’est le plafond micro qui est en jeu. Ne traitez jamais les deux comme s’il s’agissait du même événement.
2. Pour le plafond micro : vérifiez s’il s’agit d’un dépassement isolé ou de la deuxième année. Si c’est la première année de dépassement, la tolérance s’applique : vous ne sortez pas du micro. Notez-le, surveillez l’année suivante, mais ne changez rien dans la précipitation. Ce n’est que la deuxième année consécutive qui déclenche la bascule, au 1ᵉʳ janvier suivant.
3. Suivez votre chiffre d’affaires en temps réel. L’erreur classique, c’est de découvrir le dépassement a posteriori, en fin d’année. Un suivi mensuel de votre chiffre d’affaires cumulé vous permet de voir venir le seuil, d’anticiper la facturation de la TVA, et de préparer une éventuelle bascule au réel. C’est exactement ce qu’un outil de gestion fait pour vous : il cumule, il alerte, il vous montre où vous en êtes par rapport à chaque seuil. Pour la mécanique déclarative, voyez aussi notre guide sur comment déclarer son chiffre d’affaires.
4. Anticipez plutôt que subir. Si la bascule au réel se profile, prenez les devants : estimez votre bénéfice réel pour comparer avec l’imposition forfaitaire actuelle, équipez-vous d’une solution comptable adaptée, et intégrez le changement d’assiette des cotisations sociales dans votre trésorerie.
5. Faites-vous accompagner si nécessaire. Un dépassement durable, surtout avec bascule au réel, est un bon moment pour faire le point — avec un expert-comptable, ou en vous appuyant sur un outil qui structure votre comptabilité. Vous n’avez pas à tout maîtriser seul du premier coup.
Pour resituer ces seuils dans l’ensemble de vos obligations fiscales 2026, notre guide de la fiscalité de l’entrepreneur rassemble déclarations, seuils et calendrier en un seul endroit.
FAQ — Vos questions sur le dépassement des seuils
Je dépasse le plafond micro une seule année : je sors du régime ?
Non. Vous ne sortez du régime micro qu’après avoir dépassé le plafond pendant deux années civiles consécutives. Un dépassement la première année seule relève de la tolérance : vous restez micro-entrepreneur. Surveillez simplement l’année suivante, car c’est la répétition deux ans de suite qui déclenche la bascule.
Dépasser le seuil de TVA me fait-il sortir du micro ?
Non, ce sont deux seuils indépendants. Dépasser le seuil de franchise en base de TVA (37 500 € en services, 85 000 € en vente) signifie que vous devez facturer la TVA à vos clients, mais vous restez micro-entrepreneur tant que vous êtes sous le plafond du régime micro (83 600 € en services, 203 100 € en vente). On peut donc être redevable de la TVA tout en restant en micro-entreprise.
À quelle date je passe au régime réel ?
Au 1ᵉʳ janvier de l’année qui suit la deuxième année consécutive de dépassement du plafond micro. Par exemple, un chiffre d’affaires supérieur à 203 100 € en 2025 et en 2026 entraîne le passage au réel au 1ᵉʳ janvier 2027. La bascule n’est jamais rétroactive ni immédiate : vous disposez du temps pour vous organiser.
Quels sont les plafonds du régime micro en 2026 ?
203 100 € pour la vente de marchandises et la fourniture d’hébergement, et 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. Ces montants, relevés pour la période 2026-2028, sont stables sur trois ans. La location de meublés de tourisme non classés relève d’un plafond distinct de 15 000 €.
Que change la sortie du régime micro ?
Trois choses principales. Vous perdez l’abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité) et êtes imposé sur votre bénéfice réel. Vos obligations comptables se renforcent (bilan, compte de résultat, comptabilité d’engagement). Enfin, votre régime social bascule du micro-social vers le régime de droit commun de l’entrepreneur individuel, avec des cotisations assises sur le bénéfice réel.
Le seuil unique de TVA à 25 000 € s’applique-t-il en 2026 ?
Non. Cette réforme a été abandonnée. Les seuils de franchise en base de TVA différenciés restent en vigueur en 2026 : 85 000 € / 93 500 € pour la vente et l’hébergement, 37 500 € / 41 250 € pour les services et les activités libérales.
Sources officielles consultées
- Micro-entreprise : régime fiscal et seuils — Service Public Entreprendre (plafonds du régime micro 2026-2028 et règle des deux années consécutives).
- Franchise en base de TVA — Service Public Entreprendre (seuils de base et seuils majorés de TVA 2026).
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